Les événements du printemps 2026 marquent moins un simple revers militaire qu’un désaveu profond du projet politique porté par la junte malienne depuis 2021. La junte peut toujours fanfaronner, sans l’appui des mercenaires russes d’Africa Corps, elle aurait balayé de Bamako depuis bien longtemps.
En faisant de la « souveraineté sécuritaire » le socle de sa légitimité, le régime militaire a construit un récit reposant sur une promesse simple : débarrassé des tutelles étrangères, l’État malien serait enfin en mesure de reprendre le contrôle de son territoire. Trois ans plus tard, cette promesse apparaît largement démentie par les faits.
L’offensive coordonnée du JNIM à la fin du mois d’avril avec les indépendantistes touaregs du Front de libération de l’Azawad, touchant simultanément des villes clés comme Kidal, Gao, Mopti ou encore les abords de Bamako, constitue un camouflet stratégique majeur.
La mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, figure centrale du dispositif militaire, ne relève pas seulement du symbole : elle révèle la vulnérabilité d’un appareil sécuritaire que la junte présentait pourtant comme renforcé et modernisé. Loin de contenir la menace, le pouvoir militaire semble aujourd’hui dépassé par une organisation capable de frapper au cœur même du dispositif étatique. Si le plan sécuritaire est exécrable, la situation économique est pire.
Plus inquiétant encore, cette séquence confirme une transformation structurelle du JNIM. L’organisation n’est plus une force périphérique cantonnée aux zones rurales, mais un acteur capable de planifier des opérations complexes, coordonnées et politiquement ciblées. Cette montée en puissance s’est produite malgré — ou peut-être en partie à cause — des choix stratégiques de la junte, notamment la rupture avec les partenaires occidentaux et la dépendance accrue à des acteurs sécuritaires russes dont l’efficacité réelle reste sujette à caution.
Le discours officiel, qui insiste sur la résilience de l’État, la force de ses FAMAs relève désormais davantage de la communication politique que d’une lecture lucide de la situation. Un enfumage auquel peu de Maliens croient. Certes, les institutions tiennent encore, mais la question centrale n’est plus celle de leur survie immédiate. Elle est celle de leur crédibilité. En échouant à sécuriser durablement le territoire et en laissant les attaques s’approcher des centres urbains majeurs, le régime militaire sape lui-même le fondement de sa légitimité.
La situation est d’autant plus critique que les dynamiques locales échappent de plus en plus au contrôle de Bamako. Les convergences tactiques observées entre le JNIM et certains groupes armés touaregs illustrent l’échec d’une approche strictement militaire du conflit. En réduisant la crise malienne à une question sécuritaire, la junte a négligé ses dimensions politiques, sociales et territoriales. Ce faisant, elle a contribué à renforcer un front hétérogène mais uni par un rejet commun de l’État central.
Le pari sécuritaire de la junte apparaît ainsi non seulement fragilisé, mais structurellement erroné. L’augmentation des moyens militaires et le recours à des partenaires extérieurs n’ont pas permis d’inverser la dynamique du conflit. Au contraire, les groupes jihadistes ont démontré une capacité d’adaptation supérieure à celle des institutions étatiques, exploitant les failles de gouvernance, les tensions communautaires et l’absence persistante de services publics.
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En définitive, la crise actuelle révèle une contradiction fondamentale : la junte a fondé sa légitimité sur la restauration de la sécurité, mais c’est précisément sur ce terrain qu’elle échoue le plus visiblement. Le JNIM n’est plus seulement un symptôme de la fragilité de l’État malien ; il en est devenu le révélateur le plus brutal. En persistant dans une lecture exclusivement militaire du conflit, le pouvoir de Bamako semble incapable de répondre à la nature profondément politique de la crise qu’il prétend résoudre.
Mourad Ighil